mardi 1 mai 2018

Une île aux mille versants

Mois de mai en plein Océan Indien, période un peu plus reposante après une campagne d’été acharnée et des prospections draconiennes sur le Plateau des Tourbières. C’est aussi le bon moment pour vadrouiller sur les sentiers perdus de l’île.

Les grandes ravines de DelCano
© Mathias RÉGNIER


26 avril 2018, nous sommes trois à partir vers de nouveaux horizons, vers Del Cano. Situé sur la partie sud de l’île, ce point de vue incroyable doit son nom à un marin basque-espagnol ; Juan Sébastian Elcano (1476-1526). Elcano c’est juste l’homme qui a découvert l’île Amsterdam le 18 mars 1522 mais qui ne lui a pas donné de nom.
Juan Sebastian Elcano


D’après les archives, on comprend mieux pourquoi les explorateurs ne s’y sont pas attardés ; Amsterdam est décrite comme « un gros nuage noir au ras de l’eau », une île austère, nue et abandonnée.

Décembre 1938 – Extrait du livre « Les oubliés de Saint-Paul » ;
« A voir cette première île, nous avons tous ressenti une même impression de tristesse. Une sorte de regret et d’anxiété à la fois. Ce n’était pas de la peur, mais de l’étonnement et un désir inavoué de deviner son sort. Amsterdam dont nous avions tant rêvé, devenait un spectacle hallucinant».

Quelque part, je suis rassurée de lire ces lignes historiques car 80 années plus tard je ressens exactement la même chose ; Amsterdam est un spectacle hallucinant. Ici, chaque jour nous sommes les témoins d’un théâtre figé pour l’éternité.

Et pour preuve, nous avons beau nous y préparer, la première rencontre avec les falaises de Del Cano est un choc. Impossible de dépeindre l’impression ressentie quand on suit pendant 5h les parois naturelles de cette terre, impossible de décrire l’émotion éprouvée quand on contemple ces rambardes imposantes et sévères.

La cabane de DelCano
©Chloé TANTON


Arrivés au refuge, nous n’entendons que le grondement des vagues et les derniers oiseaux de cette île qui sentent notre présence. Le matin, quelques albatros timides effleurent la crête des vagues, plongent dans le creux des lames et réapparaissent, immobiles dans le ciel sans bouger leurs grandes ailes. C’est aussi une sarabande d’Albatros fuligineux à dos sombre dans les Grandes Ravines. Fuselés et noirs comme la suie, leurs vols couplés sont d’une élégance unique et singulière…

Observation des Albatros
© Mathias RÉGNIER



Grande ravine
© Mathias RÉGNIER


Les mois passent et pourtant cette partie du monde continue de nous éblouir. Del Cano est d’une beauté sans précédent. L’aspect de ces Terres Rouges, de ces contreforts qui s’élancent verticalement vers le ciel ne nous aura pas laissé indifférents. Face à de tels paysages, face à une île pleine de mystère et en perpétuel mouvement, on ne peut que prendre conscience de la fragilité humaine.

Les terres rouges de DelCano
© Mathias RÉGNIER



Vue d'Entrecasteaux depuis la pointe DelCano
© Mathias RÉGNIER



Chloé - Ornithologue



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