jeudi 23 octobre 2014

L’OISEAU RARE


                                   

Ne cherchez plus, on l’a trouvé. L’oiseau rare est à Amsterdam. Plus précisément sur le Plateau des Tourbières. L’Albatros d’Amsterdam, c’est son nom, n’est plus représenté que par une unique colonie de moins de 200 individus. Vous l’aurez compris, cet oiseau, endémique à l’île, niche sur le plateau cité plus haut dans une zone centrée sur le cratère de Vulcain. Et il revient de loin !
En effet, si l’état actuel de la population fait qu’elle est classée en danger critique d’extinction par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature, au début des années 80, l’espèce ne comptait plus que cinq couples répertoriés. C’est vous dire le niveau de sensibilité de ce dossier et la responsabilité qui est celle de la France concernant la survie de ce superbe voilier qu’est l’Alba d’Ams, comme on l’appelle ici.
Dès lors, pas question de prendre le moindre risque avec nos protégés. Un strict protocole de biosécurité a donc été mis en place pour l’accès et la manipulation d’oiseaux au plateau des Tourbières.
Samedi 11 octobre en fin après-midi, nous quittons la base pour la cabane Antonelli où nous allons passer la nuit. A partir de ce site, le Plateau des Tourbières n’est qu’à environ une heure de marche. Mais ça grimpe dur !
Dimanche 12 octobre en début de matinée, nous sommes à pied d’œuvre devant l’ancienne clôture à vaches marquant l’entrée du plateau après une nuit tranquille passée dans le duvet à l’issue du repas aux bougies et de la partie de belote réglementaire.

Repas à Antonelli
 Changement de tenue pour tout le monde : les affaires personnelles ne rentrent pas sur le site protégé et sont entreposées dans une touque (petit tonneau hermétique en plastique) et remplacées par une tenue fournie par Romain, l’ornithologue. Sac à dos, bottes, flexo (tenue de pluie) et raquettes lavés, désinfectés et stockés exclusivement, hors utilisation, dans le local « Albas d’Ams » sous clé de la base. Ce matériel ne doit en aucun cas être mélangé avec celui servant pour les autres sites de l’île. 

Changement de tenue - Base en bas à droite
 La tournée des nids peut commencer. Elle va durer une bonne partie de la journée.

Prospection sur fond de La Dives

Le programme d’aujourd’hui ne nécessite pas de manipulations d’oiseaux. Si ça avait été le cas, il aurait nécessité l’application d’un protocole de biosécurité supplémentaire. Le but de ce déplacement sur le terrain est de vérifier que tous les jeunes préalablement identifiés se portent bien. Ils sont ainsi une trentaine d’enfants uniques disséminés à travers le plateau et suivis régulièrement depuis les parades amoureuses des adultes qui préludent à la ponte (mars) jusqu’à l’envol des juvéniles qui intervient au moins de janvier suivant. Les (gros) poussins auxquels nous rendons visite sont nés au mois de mai après 80 jours d’incubation.



Outre la découverte des nids et de leur précieux locataire, nous avons la chance d’assister à deux scènes de nourrissage. Elles durent peu de temps, 10 à 15 minutes. L’essentiel du temps, les petits sont seuls. Ils sont désormais presque aussi gros que leurs parents et ceux-ci se relaient pour alimenter leur progéniture. Et ce n’est visiblement pas une mince affaire…



Le vol des Albatros est majestueux et dégage une impression de puissance et d’apparente facilité. Il est technique, tout en portance. Pas un seul battement d’ailes. La moindre parcelle d’air est exploitée par les 3,50m d’envergure. Du grand spectacle. Et le posé près du nid se fait avec précision. 


Dès l’arrivée de son géniteur, le jeune le sollicite par de petits piaillements et de légers coups de bec sur celui de l’adulte jusqu’à ce qu’il régurgite le menu du jour à son attention. Grosse boule de duvet et de plumes blanches, la couleur du poussin tranche avec celle de la robe de l’adulte, à dominante brune, toute en nuances. Ce dernier est calme, attentionné et parait très pacifique. Les Albatros se laissent d’ailleurs approcher et toucher sans problème. Pour leur malheur parfois…




 
















La tournée se poursuit. Nous sommes en raquettes quasiment depuis l’entrée sur le plateau. Les mousses et fougères colorées et fragiles ne manquent pas. Leur croissance est longue et laborieuse dans cet environnement rude et très venté et le fait de porter aux pieds un équipement adapté limite de façon importante les effets du piétinement. Nous passons à proximité du faux Vulcain, puis du cratère de Vulcain où nous jetons un œil. Les contours  du paysage dans lequel nous évoluons sont délimités par des formations volcaniques imposantes et caractéristiques aux noms bien de chez nous : le Mont de La Dives, sommet de l’île culminant à 881m, la Rambarde, le Mont Fernand, les Trois Demoiselles…

Le cratère de Vulcain

Le Mont Fernand
L’après-midi est déjà bien avancée lorsque nous remettons le cap vers la sortie de la zone protégée où, entre deux reconnaissances de nids, nous aurons juste pris le temps d’avaler un petit casse-croûte pain saucisson, bien de chez nous également. Un nouveau changement de tenue nous attend avant de prendre la direction de la base en passant par Antonelli. Une belle journée de marche et de découvertes.
Souhaitons bonne chance et longue vie à nos Albas d’Ams. Elle a toutes les chances de l’être puisque l’espérance de vie de ces magnifiques oiseaux est de l’ordre de 60 ans. Soixante années durant lesquelles, dès qu’ils seront en âge de se reproduire, ils viendront tous les deux ans avec leur partenaire, toujours le même, pondre un œuf unique sur le Plateau des Tourbières.

 
                                                                                                                          

Alain QUIVORON,
Disams.


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