lundi 2 novembre 2015

La relève

Résumé des épisodes précédents : voilà plus d’un un mois que la relève de la 66ème mission est arrivée sur la base Martin-de-Viviès, à bord du Marion Dufresne, après un long périple de trois semaines à travers l’océan austral et les autres districts des TAAF. La 67ème mission a donc débuté le 25 septembre avec le débarquement de treize nouveaux hivernants et le départ de douze membres de la 66ème mission. Huit anciens hivernants de la 66ème mission restent sur place et facilitent ainsi grandement la transition, ils partiront lors des dernières relèves de novembre (médecin) et décembre (scientifiques et agent de la réserve naturelle). 

L’escale du bateau a duré 48 heures, mises à profit par les deux missions pour faire le tour de la base, se transmettre les différentes consignes, faire le point sur les dossiers en cours et partager aussi des moments de convivialité. Après les traditionnels adieux emprunts d’émotion, le Marion appareille vers la Réunion sous le soleil, laissant la toute jeune mission 67 face à elle-même et à ses responsabilités !
Nicolas A. - Disams 67

Le départ de la mission 66 à bord du Marion Dufresne (photo : Clément G.)


Le témoignage d’Olivier, nouvel agent de la réserve naturelle


Un mois après l’accueil chaleureux réservé par la mission 66 à la nouvelle équipe formant la mission 67, chaque nouvel arrivant trouve petit à petit sa place au sein de la base Martin-de-Viviès avec motivation et bonne humeur. Seules les habitudes de chacun peuvent encore trahir son appartenance à l’une des deux missions. Il semble que, toutefois, les premières « manips » (sorties de terrain hors de la base, à but professionnel ou de loisirs) organisées contribue à créer une cohésion grandissante entre les 21 habitants d’Amsterdam.
 
La population d’Amsterdam au grand complet (en octobre 2015) - (photo : Gil A.)


Les premières « manips » sur le terrain : moments forts de cohésion entre les missions 66 et 67


Ainsi, par groupe d’au moins trois personnes (pour des raisons de sécurité), les sorties hors base permettent à la 66 de faire découvrir à sa relève les multiples beautés que peut révéler l’île. Les anciens promènent ainsi les nouveaux d’un bout à l’autre de l’ancien volcan en détaillant sur le chemin les histoires et anecdotes des lieux traversés.  

Surplomb des tourbières du sommet de l’île par le flanc est (photo : Olivier G.)

Malgré les prévisions météorologiques, le temps peut changer très vite au cours de la journée d’une part et en fonction de l’endroit où l’on se trouve d’autre part. D’un soleil radieux sur base, on se retrouve dans la grisaille de l’autre côté de l’île et inversement. C’est alors avec une confiance aveugle que la mission 67 se laisse guider à travers l’épaisse brume du Plateau des Tourbières.

Marche sur le Plateau des Tourbières (dans le cadre d’une manip scientifique) - (photo : Olivier G.)

Puis vient le jour où la 67 prend les devants en organisant ses premières excursions ! Demandeurs récurrents de travailleurs volontaires pour les accompagner, les deux agents de la Réserve Naturelle (binôme mixte entre missions 66-67) organisent plusieurs sorties dans différents coins de la zone nord de l’île : ils sont alors suivis aussi bien par les nouveaux arrivants que par les « vétérans » et initient les courageux au programme de restauration de l’arbre emblématique des TAAF : le Phylica arborea. Les plus vaillants (et les plus chanceux) participent même à la première plantation de la mission 67 !

Travaux de plantation de Phylica arborea à proximité de la base (photo : Gil A.)


Olivier G., agent de la réserve naturelle des TAF à Amsterdam

Conclusion de cet article : à l’issue de ce premier mois de cohabitation, merci aux anciens de la mission 66 pour leur accueil, leurs conseils et leur soutien dans la mise en place de la mission 67. Nous espérons partager encore d’autres bons moments de convivialité et de découvertes pendant les deux mois qu’il nous reste à vivre ensemble sur cette île !

Convivialité autour d’un barbecue à la cabane Mataf (photo : Nicolas A.)

samedi 19 septembre 2015

Amsterdam, une île chargée d’histoire !

En flânant un peu dans les alentours de la base Martin de Viviès, on peut découvrir d’étranges inscriptions gravées dans la roche volcanique.

Ces pétroglyphes, comme les nomment les historiens, sont de vrais témoignages du passé et derrière ces inscriptions se cachent de véritables aventures humaines. Elles nous renvoient à une époque où les conditions de vie sur l’île étaient bien éloignées de celles de nos missions actuelles.

La plus vieille pierre gravée remonte à 1819 et fait état du passage de chasseurs d’otaries sur l’île en pleine période d’exploitation. Durant ces années, l’ouverture d’un marché chinois pour la fourrure de cet animal a bien failli causer sa perte. On estime à environ 150 000 les individus exterminés sur les îles Saint Paul et Amsterdam entre 1789 et 1835.

Ancien point d'eau surplombé d'une dalle où l'on peut encore retrouver de nombreuses inscriptions


À l’entrée de la base, on trouve une grande dalle gravée avec des inscriptions en anglais  nous racontant une aventure hors du commun. En effet, un navire phoquier, le "Princess of Wales", a coulé lors d’une tempête dans l’archipel de Crozet en 1821. Quelques naufragés ont réussi à survivre deux ans dans l’archipel dans des conditions extrêmes avant de pouvoir être secourus en 1823 par le "Philo" de Boston. Ce dernier les a embarqués en échange d’une participation à la campagne de pêche et de chasse sur Saint Paul et Amsterdam. Suite à une querelle avec le capitaine, certains naufragés du "Princess" choisirent de débarquer sur Amsterdam et certains y restèrent même jusqu’en 1825, date mentionnée sur la pierre gravée ! Imaginez un peu la vie de ces hommes qui sont restés 4 ans dans ces îles australes à une époque où il n’existait aucune base, aucun ravitaillement, et où l’on ne pouvait compter que sur soi même pour survivre…


Pour clore ce petit voyage dans le temps, mentionnons également la dalle gravée en 1855 par les naufragés du baleiner "Tuscany" de Sag Harbor venant des États-Unis d’Amérique. Le capitaine et un de ses officiers seraient, peu avant le naufrage, partis à terre à la recherche d’un trésor enterré par l’équipage d’un autre navire naufragé, le "Meridian". L’histoire ne dit pas s’ils trouvèrent le fameux trésor, mais un journal Mauricien assure qu’un des officiers possédait une belle somme de demi-couronnes une fois remis du naufrage !

Pour tous ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur l’histoire de ces îles, je vous recommande vivement le livre passionnant d’un ancien hivernant de la 48ème mission du district, Yannick Verdenal, « Saint-Paul et Amsterdam, voyage austral dans le temps » aux éditions Gérard Louis.



                                                                                                     Arnaud




mercredi 9 septembre 2015

La Centrale

Sur le district d’Amsterdam, outre les activités multiples, les missions scientifiques particulières, les différents corps de métiers représentés, la beauté des paysages, la faune endémique, la rudesse du climat, il est un mot récurrent, connu de tous, mais qui semble emprunt d’une signification qui laisse parfois rêveur…

…LA CENTRALE…Késaco !?…

La Centrale (électrique) est un mot générique qui englobe l’activité combinée de l’électricien centrale et du mécanicien centrale, dont le rôle sur base est de pourvoir à l’autonomie énergétique 7j/7j et 24h/24h. Cette équipe surnommée "les centraliens"  (légitime vu le niveau) est composée de deux marins qui sont affectés sur le district pour 12 mois et se partagent les plans de maintenance et d’entretien des diverses et nombreuses installations dont ils ont la charge. Il s’agit principalement de la production d’électricité (HT/BT), d’eau douce de consommation, la récupération des eaux de pluie, la gestion d’installations frigorifiques pour le stockage des denrées, la sécurité incendie, la prévention des accidents, la plomberie et les dépannages en tous genres…

 

La centrale électrique

 


Pour produire l’électricité la centrale dispose de 3 Groupes Électrogènes (GE) identiques pouvant délivrer une puissance de 160 KW/h chacun. Les moteurs diesels de marque VOLVO TD 1010, 6 cylindres, sont couplés à un alternateur qui permet d’assurer la production d’électricité domestique  pour l’ensemble de la base, sans oublier les installations du local scientifique de pointe Bénédicte où il est nécessaire de fournir de la Haute Tension. Il y a toujours 1 GE en fonction et  1 autre en secours, ce qui permet d’effectuer les opérations d’entretien sur le 3ème.




Lorsque les moteurs arrivent en fin de potentiel (après 20 000 heures de fonctionnement, environ 830 jours), il faut les envoyer en visite en métropole chez le fournisseur, pour une révision complète, nécessitant des moyens plus élaborés. Cette  intervention importante  sur base a eu lieu cette année et tous les services ont pu participer pour aider les centraliens. Chacun à son niveau de compétence est venu apporter son soutien, ce qui a permis de voir évoluer des individus en dehors de leur environnement habituel.








La mosquée (local traitement de l’eau)


Pour produire l’eau douce de consommation (pas de source sur Amsterdam), la structure de l’ensemble des  bâtiments de la base a été conçue pour que chaque toiture puisse capter un maximum d’eau de pluie, lors des périodes d’averses, afin d’être récupérée en aval  par 4 cuves permettant de stocker 140 M3.

Ce stock constitue une réserve d’eau non traitée, donc non potable, et il faut régulièrement faire une remontée d’eau pluviale, via un réseau de pompe, collecteurs et filtres, pour constituer une réserve d’eau traitée et filtrée (jusque 5 microns) en amont. Ce stock d'eau représente la capacité de 4 bâches (4 x 150 M3) située dans la partie supérieure de la base, soit 600 M3 d’eau filtrée et traitée au total.


Le premier traitement est bactéricide, la circulation permanente (24h/24h et 7j/7j) de l’eau des bâches au travers de filtres ultra-violets assure sa désinfection continue.

Ensuite, l’eau traitée en circulation est puisée par un osmoseur eau douce (pression de fonctionnement = 15 bars) pour subir une nouvelle filtration, reminéralisation et traitements complémentaires et la rendre ainsi potable pour la consommation humaine et sanitaire.


Cette eau potable est stockée dans notre château d’eau, grande cuve en plastique d’une capacité de 3700L, et redistribuée vers la base via un groupe hydrophore (pompe), permettant à tous de consommer librement et avec modération, évidemment.

Les chambres frigorifiques



Il est nécessaire de pouvoir constituer une réserve suffisante de nourriture pour que l’ensemble des hivernants (en moyenne 20 personnes) puissent subsister dans de bonnes conditions de vie et se délecter de plats variés, les repas sont des moments privilégiés très importants pour que l’ambiance reste au beau fixe.

C’est pourquoi le district dispose de plusieurs chambres frigorifiques positives et négatives pour assurer cette mission, et il incombe à la centrale d’en assurer l’entretien. Le parc est constitué de 6 chambres négatives (- 20°C) baptisées : ASTERIX/OBELIX/LOIRE/QUERCY/PROVENCE et le fameux, désormais célèbre, SAVOIE ; et 2 chambres positives (+4°C) : MACONNEE/ROUERGUE.



La sécurité




En matière de sécurité incendie, il faut assurer la formation des hivernants sur le matériel sécurité mis à notre disposition sur le district, aux techniques d’interventions  contre les sinistres, aux actions réflexes à mener en cas de problème.






 

Le cabanon




Enfin, les équipiers de la centrale ont aussi la responsabilité de s’occuper du cabanon des marins, lieu privilégié où il fait bon vivre après une semaine de travail bien remplie. Les repas type barbecue, raclette et fondue peuvent y être organisés et assurer ainsi un moment de détente pour tous, un coin à part au sein de la base qui change un peu du quotidien.







             

                                                                                                               Les Centraliens
                                                                                                                Chris et John