mercredi 25 février 2015

Echappée belle à Del Cano



Il était une fois sur une petite île de l’océan Indien quatre héros polaires bien décidés à vaincre la monotonie de la vie sur base et à partir à l’aventure au bout du chemin tracteur, plus précisément à l’extrémité sud ouest de l’île, la Pointe Del Cano. Mais quel est ce nom aux consonances exotiques qui appelle l’esprit vagabond au voyage ? Il nous vient du navigateur basque Sébastien Elcano qui découvrit, avec les derniers survivants de l’expédition de Magellan, la Nouvelle Amsterdam un 18 mars 1522 à bord du Victoria.



Mais revenons à nos moutons ! Le 8 février, après les traditionnelles viennoiseries dominicales, départ  matinal pour la pointe Del Cano et ses grandes ravines, situées à l’exact opposé de la base Martin de Viviès. Le temps est couvert, peu venteux et la marche est agréable.





Notre expédition débute par une longue ascension jusqu’à la Caldeira en longeant la fameuse coulée Heurtin « histoire de se mettre en jambe » et pour rallier le plus directement possible la côte sud. S’ensuit un frugal repas prolongé par une « courte » sieste sur la crête surplombant la Grande Marche. Il est temps de reprendre la route... Au détour d’un sentier, nos naturalistes en herbe font la rencontre de quelques skuas peu farouches...



Nous quittons rapidement le chemin de caillebotis qui mène au Pignon, l’éperon  dominant  les 720m de la falaise d’Entrecasteaux, pour chausser nos inévitables raquettes à mousses et obliquer plein sud à travers cette végétation si particulière. D’abord rase et gorgée d’eau, elle s’élève en joncs, scirpes et fougères à mesure de la descente qui comme souvent est plus éprouvante que l’ascension. La pente est forte et le sol invisible et inégal occasionne de nombreuses acrobaties généreusement amorties par la flore locale.


Cap sur le cratère Hébert portant le nom d’un des maitres du géologue français Velain ayant séjourné quelques jours sur l’île entre 1874 et 1875. S’offre alors à nos marcheurs du jour un magnifique paysage sur le versant nommé Glacis des Joncs.
« Dré dans l’pentu ! » C’est après une bonne heure de descente et 600 mètres de dénivelé plus bas que nos héros arrivent enfin à la caisse IPEV permettant aux manipeurs de passage de trouver vivres et matériel apportant un réconfort bien mérité après tant d’épreuves.


Aux pieds des grandes ravines, reliefs majestueux et tourmentés créés par l’érosion, entre falaises et pentes herbeuses, nous sommes accueillis par les hurlements des albatros fuligineux qui nichent ici. Ils ne semblent nullement dérangés par notre présence (nous nous gardons bien d’approcher des nids) mais ce miaulement rageur et surpuissant semble être leur seul mode d’expression.
Tantôt agaçant, tantôt comique comme si parfois ils prenaient brutalement conscience de leur condition de volatile et étaient pris de vertiges, ce son avec celui du vent et du ressac nous accompagnera pendant notre séjour ici.

Mais Del Cano c’est aussi une vue imprenable, depuis la pointe, sur les majestueuses falaises d’Entrecasteaux.


Le lendemain, exploration des grandes ravines, principalement pour le plaisir des yeux mais également, pour l’agent de la réserve naturelle, à des fins de prospection botanique. En effet, leur caractère encaissé et difficilement accessible les a possiblement protégé des deux principaux facteurs ayant modifié la flore de l’île : les bovins et les incendies.


La progression est encore une fois malaisée sur ces pentes escarpées et nous devons choisir notre itinéraire avec soin pour pouvoir rallier le fond des valons.


 

Les cascades y sont à sec et notre espoir d’y prendre une douche vivifiante est anéanti. Malgré tout une bonne surprise nous attend, l’examen attentif des falaises qui nous surplombent révèle la présence d’une dizaine de poussins d’albatros fuligineux.


Alors qu’aucun de leurs homologues de la colonie d’étude d’Entrecasteaux ne sera à l’envol cette année comme nous l’a appris hier par VHF notre ornithologue en chef. En fin de journée, avec la chute de la température, l’air se fait plus clair et nous apercevons très nettement l’île Saint Paul à l’horizon. Vision "merveilleusement réconfortante" que celle d’un îlot inhabité situé à 80km, seule terre émergée à des milliers de kilomètres à la ronde !




Après une deuxième nuit à la belle étoile, il est temps de retrouver le chemin de la base, un long transit attend nos hivernants, sept heures de marches dans la « brousse » pour longer toute la côte Est jusqu’à La Roche Godon.

 


En approchant de la pointe Vlaming à l’extrême Sud, ils traversent les Terres rouges, étroite bande côtière, tirant son nom d’un sol dont les couches superficielles ont été décapées,  mettant à nu un horizon d’accumulation d’oxyde de fer induré.


 

Un dernier effort, on y est presque ! Ça y est ! Les randonneurs de l’extrême ont enfin rallié le chemin tracteur au niveau du Vieux bois de Phylica, leur permettant de rentrer sur base sans encombre, les jambes biens fatiguées mais des paysages plein la tête !


Arnaud RHUMEUR, Park Ranger
Julien SOUVILLE, Bibams

samedi 7 février 2015

Notre-Dame des Vents à Amsterdam






Tout le monde connaît Notre-Dame des Vents ; dans le petit monde des TAAF tout au moins.

La chapelle de Port aux Français campée face au Golfe du Morbihan, et sa vierge, vigie attentive au regard tourné vers la Passe Royale, figurent en effet parmi les incontournables de l’archipel des Kerguélen.

Mais Notre-Dame des Vents est également un roman, tout récemment enfanté par  Mikaël Hirsch et dont l’intrigue a pour cadre la capitale des Terres Australes et Antarctiques Françaises. Joanne, jeune scientifique campagnarde d’été y rencontre Alexis, technicien hivernant en charge du suivi des satellites à partir des installations de la base.

Un exemplaire dédicacé de l’ouvrage, gracieusement transmis à la communauté d’Amsterdam par son auteur et mis à la disposition de tous, figure désormais dans la bibliothèque de la Résidence de Martin de Viviès.
 
Bienvenue à Notre-Dame des vents, qu’il paraissait tout naturel d’associer à une autre « Notre-Dame », de l’Océan celle là, minuscule chapelle du district dominée par les cratères imposants des hauts de l’île.
 

vendredi 30 janvier 2015

Une nouvelle saison de naissances à la «Mare Aux Eléphants»



Les otaries subantarctiques (Arctocephalus tropicalis) viennent se reproduire en grand nombre sur les côtes accessibles de l’île d’Amsterdam.
 
Les naissances sur la mare aux éléphants (la colonie d’étude) débutent en même temps que l’été austral début décembre et s’échelonnent jusqu’à la mi-janvier. La reproduction à l’intérieur des harems (un mâle pour 2 à 10 femelles) débute à l’issue des mises bas. La femelle une fois fécondée ne verra son embryon se développer qu’à partir du mois d’avril et ce jusqu’au mois de décembre l’année d’après (c’est le phénomène de la diapause embryonnaire).
 

Cela lui permet d’assurer l’allaitement de son nouveau né, très gourmand les premières semaines. La femelle va assurer des voyages alimentaires de plus en plus longs et loin lors de la période d’élevage qui durera jusqu’à septembre. Elle peut parcourir des voyages de plusieurs centaines de kilomètres pour atteindre les zones de convergences très riches en proies. Les otaries y trouveront leurs proies préférentielles en grande quantité,  calmars et myctophydés principalement.

 

Durant cette période d’allaitement, les pups vont se regrouper en crèches et rester souvent aux mêmes endroits sur la zone d’étude. Certains pups ne survivront pas aux périodes de jeûne prolongées dues à des voyages alimentaires trop longs. Parfois même, leur mère ne reviendra jamais sur le site du fait de la prédation par des requins ou des orques. Le taux de mortalité chez les pups est estimé à 30%.


  
 



Sur le terrain, notre travail consiste à réaliser le suivi de croissance (pesées et mesures) et démographique (capture/marquage/recapture) d'un échantillon significatif d'individus.





 
 
 

L’intérêt à terme est de mettre en évidence le lien entre la survie des pups et les qualités individuelles de leurs mères (âge, expérience, état de santé…).





A ce travail quotidien s’ajoute celui de la pose de balise sur les femelles adultes. Ce sont de petites balises que l’on colle sur le poil de l’animal. Ces équipements vont nous informer sur les zones géographiques exploitées, sur les paramètres de plongée (profondeur, vitesse) et sur la température de l’eau notamment.


 
Romain & Hélène 
Ornitho Jedi & Ornithote Padawan
Experts en Arctocephalus tropicalis