vendredi 8 octobre 2021

09 octobre 2021, c'est la journée mondiale de la poste - Zoom sur BOUTCH#, gérant postal du district de Saint-Paul et Amsterdam (mission 73).

 

Ils sont les postiers les plus isolés de France, mais certainement les plus connus dans le monde de la philatélie : les gérants postaux (GP) et vaguemestres des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). 

 Zoom sur BOUTCH#, gérant postal à l’autre bout du monde

 

 
 

Premier hivernage sur le district de Saint-Paul et Amsterdam, sa deuxième mission dans les TAAF après celle réalisée à Kerguelen (2015/2016 - mission 66).

" Les TAAF me font rêver depuis très longtemps, mon enfance exactement ; les livres et les reportages que je regardais avec mon père, en particulier sur l’Antarctique, la Terre Adélie, les explorateurs Paul Emile Victor et Jean-Louis Etienne (de mon village voisin tarnais), le commandant Cousteau. C’est quelque part le voyage que mon père aurait rêvé de faire, peut-être un voyage que je rêve déjà de poursuivre un jour, … en Antarctique. Mes camarades militaires et mes chefs m’ont donné cette envie de tenter l’expérience. C’était juste une question de moment, de disponibilité professionnelle et familiale.

 « J’aime à me dire que c’est de l’art »

La gérance postale dans les TAAF, c’est sans doute plus qu’un bureau de poste en métropole, car chaque enveloppe représente quelque chose et j’aime à me dire que c’est de l'art. On y met une part de nous, de l’inspiration et deviner le regard des philatélistes qui découvrent le travail réalisé, l’attention portée aux enveloppes, c’est aussi ce moment qu'il faut imaginer avant de réaliser les demandes, qui sont parfois fantasques.

Les enveloppes passent dans mes mains, j’ouvre au hasard un courrier d’un philatéliste et à l’intérieur, c’est cinq à dix enveloppes voire plus, avec des demandes particulières.

Illustration d’une commande reçue à l’OP2 2021 sur le district, provenant d’une association alsacienne de philatélistes. Dans le colis, une demande avec 150 enveloppes à oblitérer, timbrer, etc…

Parmi les dépêches postales en arrivée sur le district, il y a aussi des courriers attendus par des hivernants, impatients de savoir si oui ou non ils auront une surprise. C’est fabuleux de voir l’expression des yeux et des visages quand on remet ces trésors.

Sur les enveloppes photographiées, indications des philatélistes au crayon de bois pour préciser l'emplacement des timbres, de l'oblitération,...

 

La philatélie des TAAF, je la considère comme de l’art, avec ses timbres, l’oblitération, l’emplacement des tampons aussi appelés « marques », qui se font manuellement ici. 

Après avoir fait une première expérience comme gérant postal sur le district de Kerguelen, j’ai voulu rencontrer les philatélistes, qui sont capables d’attendre des années une petite enveloppe venant du bout du monde et traversant des mers et des océans à bord du MarDuf 'et d’autres navires.

Je les ai vu émerveillés à ma première visite en réunion philatélique (groupe SATA Occitanie). Ils m’ont demandé comment on vivait un hivernage si loin, si longtemps éloignés de chez nous et ils m’ont posé plein de questions, comme par exemple : « pourquoi les GP laissent les traces de crayons de bois ? ». Pour la réponse, c’est simple : l’enveloppe est une propriété du philatéliste et si la mention « vous pouvez gommez » n’est pas écrite, alors on n’efface rien !

 

« Détrompez-vous, c’est bien plus ! »

Ensuite, avec plus d’expérience, le timbre des TAAF prend une autre dimension ! On pourrait penser qu’il sert simplement à acheminer une enveloppe d’un district à la boîte à lettres du philatéliste. Détrompez-vous, c’est bien plus ! Quand il est collé sur un courrier, c’est minimum trois à cinq minutes que je vais consacrer entre son arrivée à la gérance postale, la lecture de la demande écrite sur une feuille à part (demandes qui peuvent être très variées) et le moment où je vais faire le travail sur l’enveloppe. Quand on lit les requêtes des philatélistes, on s’interroge parfois en se demandant comment on va faire pour satisfaire certaines demandes, combien de temps va rester l’enveloppe sur le district.

Un passionné peut nous demander par exemple que son courrier soit tamponné et signé par le commandant de bord d’un navire étranger, de passage sur le district. En plus du contexte sanitaire, cela peut être très compliqué !

 

Cachets spécifiques des bases, GP, chef de district, relèves, Midwinter, médecin, événements base, programmes scientifiques, boulanger, cuisinier, contractuel, services divers des bases, bateaux, voiliers, surveillance des pêches, opérations portuaires, etc… Les tampons sont très appréciés car ils racontent la vie de la base ; on parle de marcophilie pour employer le terme exact. Beaucoup de courriers sont expédiés depuis l’étrange ; d’Allemagne, de Belgique, de Suisse, de Pologne, du Japon, de Chine, d’Inde, du Canada, des Etats-Unis, d’Espagne etc…

Voilà les doléances qui accompagnent les lettres et les paquets envoyés par certains philatélistes. C’est un peu ce qui rythme notre hivernage, au fil de la mission et des dépêches postales.

 

La marcophilie s’est beaucoup développée depuis des années. Au début, seul le gérant postal avait son tampon. Il l’apposait sur l’enveloppe avec celui de la position géographique et l’oblitération manuelle de la date.


Enveloppes avec différents tampons d'hivernants de la mission 73

Aujourd’hui, l’engouement autour de la marcophilie est devenu un phénomène, un incontournable pour les passionnés. Chaque hivernant a la possibilité d’avoir son tampon personnalisé. Ils sont tout de même encadrés et doivent répondre à des codes et à une certaine éthique.

 

Depuis peu, la messagerie internet s’est très largement développée sur base. Elle permet à présent aux philatélistes d’avoir un lien plus direct avec les gérants postaux. Nous proposons également à tous de régler les commandes par virement bancaire ; sans doute le début d’une nouvelle façon de rendre un meilleur service et de susciter des vocations à de nouveaux philatélistes.

Enveloppes évènementielle relative à l'OP2


Etre gérant postal, c’est également vendre des timbres, des enveloppes, des cartes postales, assurer une comptabilité, créer des enveloppes évènementielles, etc…

 

C’est aussi beaucoup de sueurs entre le moment où les dépêches postales arrivent et celui où elles repartent. Le délai moyen d’une OP sur le district est de deux à trois jours, avant que le Marion Dufresne ne reparte. C’est un rush pendant lequel il ne faut pas se louper ! Nous recevons une vingtaine de sacs et nous en faisons repartir une douzaine.

  

Acheminement de la dépêche postale par sling d'hélicoptère entre le MD et le district

Pour terminer, la fonction de gérant postal n’est pas ma principale. Je suis également le chef du bureau des communications radio (BCR), le service qui relie l’île au reste du monde, à travers tous les réseaux qui sont satellitaires, informatiques, téléphoniques, filaires, radio.  Pour réaliser mon travail, je suis accompagné par mon binôme Emeric, qui est un technicien en systèmes de télécommunications.

 

 

 

Récit de BOUTCH# 

Rédaction  et photos de Samuel MARFING.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



3 commentaires:

  1. bonjour et merci pour cet article, pensées émues a mon ami Sergio Fontebasso, gérant postal 93-94 à Ams... Dominique, Yo, garage-enginiste

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  2. Merci de nous faire parvenir des nouvelles, des courriers avec toujours autant de soin. Je pense qu'il y a autant d'émerveillement quand on reçoit des nouvelles, des surprises en métropoles, que lorsqu'on en envoie chez vous... Tendres pensées. M.

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    1. Bonjour Marianne,
      nos gérants postaux, dont BOUTCH#, s'y appliquent au quotidien.
      Merci pour vos pensées et très bonne journée
      DISAMS 73

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