samedi 17 janvier 2015

Huit moussaillons en escale


La dernière rotation 2014 du Marion Dufresne dans les districts subantarctiques a été l’occasion pour huit élèves et deux enseignantes du collège Albert Lougnon  de la Réunion, de découvrir ces contrées dans le cadre d’un partenariat TAAF/Education nationale. Initialement prévue du 21 au 23 décembre, l’escale à Amsterdam de nos collégiens a été réduite à la journée du 22 et à la nuit suivante du fait des conditions météorologiques défavorables n’ayant pas permis  au navire de débarquer de personnel la veille. Le programme d’activité des enfants, dimensionné pour deux journées complètes, avait pourtant été mitonné avec soins par l’équipe du district, cette mission inhabituelle étant particulièrement bien perçue. Les hivernants comme les campagnards d’été ont, chacun dans son domaine de compétence, rivalisé d’imagination pour offrir à nos jeunes visiteurs des petites séquences de découvertes originales à la fois techniques et ludiques. Le contenu du planning a évidemment souffert de la compression obligatoire, mais la reconfiguration est une seconde nature dans les terres australes, c’est bien connu, et nous avons fait avec.




La priorité dans les districts, c’est la sécurité. Et la sécurité des personnes, c’est le BCR (Bureau des Communications Radio). Première halte donc et première séance d’instruction pour nos jeunes qui appliqueront le protocole des « Coms » pour la suite de leur visite.
 




Et celle-ci se poursuit avec la visite de la GP (Gérance Postale). En clair, ils sont allés dire bonjour au facteur, personnage important sur le district, presqu’autant que les cuisiniers…
Nouvelles découvertes pour les collégiens : la gestion du courrier (et des colis !) via les passages du Marion Dufresne, les tampons spécifiques aux empreintes très prisés des collectionneurs, la philatélie, autre domaine d’excellence des TAAF…
Le rendez-vous suivant sort un peu de l’ordinaire, avec ses allures de marché aux poissons. Notre poissonnier en chef, accessoirement responsable des infrastructures de la base, accueille les enfants pour leur détailler sa passion en long, en large et en travers (il a fallu écourter la séquence) : techniques de pêche, ressource halieutique, réglementation, espèces, intérêt culinaire, mesure de la taille de l’emblématique langouste d’Amsterdam (avec un outil « maison » s’il vous plait)… Tout ou presque a été dit. Cerise sur le gâteau, chacun a eu le droit à un petit bouchon de canne à pêche personnalisé, cadeau de notre chef infra national qui, parait-il, a été menuisier à ses débuts.



On passe à l’atelier suivant. Mais pas en faisant n’importe quoi. La sécurité, vous vous rappelez ? « BCR, BCR de Lougnon pour contact radio »…

 Nous voici à la pépinière, haut lieu de la réintroduction du Phylica, seul arbre du monde subantarctique français et endémique à l’île d’Amsterdam. Mis à mal par les incendies successifs essentiellement liés à une activité humaine parfois mal maîtrisée sur le district depuis le 16ème siècle et sa découverte par Del Cano, le Phylica peine à retrouver sa place dans son milieu d’origine.
Explications d'Arnaud, l’un de nos deux agents de la réserve naturelle dont l’intervention s’achève par la plantation symbolique du Phylica « A.Lougnon » à proximité de la caserne des pompiers.


 

Passage obligatoire à Géophy, le bâtiment des scientifiques de l’IPEV (Institut Polaire Français Paul Emile Victor) où le Gener (logisticien généraliste) explique à un auditoire attentif les différents programmes d’étude développés à Saint Paul et Amsterdam : ornitho/écologie, sismologie, géomagnétisme, instrumentation, chimie de l’atmosphère et qualité de l’air.

 Et la visite continue avec, en particulier, la « Mosquée » et ses installations de production d’eau potable à partir du recueil des précipitations sur les différents toits de la base. 750m3, c’est la capacité de stockage maximale des citernes souples du district qui se traduit par une autonomie d’environ 5 mois pour un effectif de 20 personnes avec une utilisation raisonnée de la ressource. La gestion de l’eau est un souci constant à Martin de Viviès. Il y a eu des périodes difficiles par le passé… Ici encore, le circuit de l’eau est expliqué aux collégiens par Arnaud.



Nous voilà au « Jardin Météo ». Cet ancien tunnel de lave à été reconverti en mini verger/potager/jardin d’ornement depuis, probablement, les  débuts de l’installation de la base. Le site perdure pour le plus grand bonheur de tous, aujourd’hui des enfants, même si cette situation n’est pas vraiment dans l’esprit de la lutte contre les espèces introduites qui prévaut normalement dans les TAAF.



Avant d’aller saluer les otaries, le passage à la Résidence s’impose. Un petit coucou au chef de district ne peut pas nuire. C’est l’occasion de lui remettre, au nom de tout le collège et du comité de rédaction, des exemplaires du dernier numéro du Marduf, ce journal écrit et réalisé par l’établissement scolaire dans le cadre du partenariat déjà cité plus haut. Le Disams se voit également remettre un carton destiné à l’ensemble des hivernants et à n’ouvrir « qu’à Noël !», cadeau préparé et expédié par la 4ème « Amsterdam »,  classe référente du district. Le passage à la résidence est aussi l’occasion de laisser dans le livre d’or un mot, petit ou grand, selon l’inspiration du moment.




La fin de la journée approche, l’humidité nous gagne. Il est temps de passer voir les otaries avant de mettre tout ce petit monde au sec. Nous sommes en pleine saison de reproduction et les harems sont constitués. Gare aux intrus, la prudence est de rigueur. Les collégiens resteront donc à distance raisonnable des  « loups marins » comme les appelaient les chasseurs des 18 et 19ème siècles qui les ont décimés à tel point qu'à la fin de cette époque les otaries avaient pratiquement disparu du district.
« BCR, BCR de Lougnon, c’était vraiment trop bien Amsterdam. On revient quand vous voulez. Monique et Dominique sont d’accord. On vous embrasse tous ».

Un grand merci à vous les enfants                            
                                                                                                      Alain QUIVORON                            
                                                                      Disams

lundi 29 décembre 2014

Montée vers la Caldeira

Nous sommes le 29 novembre.
Le Marion Dufresne nous a quitté depuis trois jours à l'issue de l'opération logistique n°3/2014.

La campagne scientifique d'été est lancée. A Amsterdam, elle se traduit, entre autres, par la présence d'une équipe de paléoclimatologues. La connaissance du climat à travers les âges par l'étude des sols, ça ne s'invente pas.

Et en parlant de climat justement, il se trouve que les conditions météorologiques ne sont pas fameuses depuis l'arrivée de nos cinq chercheurs. Installés par hélicoptère avec leur camp de base dans la ravine Coleridge durant l'OP, leur position élevée à proximité du sommet de l'île leur met la tête dans les nuages qui encombrent les hauts, entrainant pluies continues et mauvaise visibilité, le tout dans un contexte de vent fort et constant.

Il est donc décidé d'envoyer une équipe vers eux à partir de la base Martin de Viviès pour faire le point et, dans toute la mesure du possible, les aider à démarrer leurs travaux. Les jours sont comptés jusqu'à l'OP4 qui devrait intervenir aux environs du 20 décembre et qui verra le retour des Paléos et de leur matériel à bord du Marion Dufresne.






05H00.
Il fait jour.
Le groupe quitte la base en direction du Mont la Dives, le sommet de l'île culminant à 881 m.












Nous montons vers le Sud. La végétation est bien présente, le terrain verdoyant et parsemé d'anciens tunnels de lave. Nous passons non loin des deux cratères de Vénus.











Nous sommes au niveau de la "Mare aux Canards" près du cratère de l'Olympe, à environ 600m d'altitude. L'environnement a changé. Les formations volcaniques sont plus apparentes. La végétation est surtout composée de mousses et de scirpes.






Nous arrivons rapidement à La Caldeira, grande cuvette encaissée située au pied de La Dives, côté Nord. C'est une zone de tourbières qui fait d'ailleurs partie du plateau du même nom et se trouve donc être une zone protégée, normalement interdite d'accès. En son centre se trouve le mamelon caractéristique du "Museau de Tanche".


Pour rejoindre nos chercheurs, nous contournerons donc la Caldeira par les crêtes.
 

Enfin, après 3h de marche nous arrivons à destination, la ravine Coleridge à environ 800m d'altitude. Nous y découvrons le camp de base des Paléos qui a un peu souffert des dernières intempéries.



Les scientifiques sont visiblement heureux de nous voir après ces premiers jours compliqués pour eux qui les ont tenu cloîtrés dans leurs abris et éloignés du terrain.
Après un rapide état des lieux et pour profiter du transfert de beau temps effectué par l'équipe montante, il est décidé de les accompagner jusqu'à la limite de la zone protégée, à proximité immédiate du "Lac Bleu". C'est là que se trouve leur lieu de prospection où l'hélicoptère a déposé la caisse de matériel technique qui va venir compléter celui que nous aidons à acheminer sur place.








Du haut de la crête que seuls nos chercheurs, couverts par un arrêté préfectoral, ont l'autorisation de franchir durant la campagne d'été, nous les regardons descendre vers "La Grande Marche" qu'ils vont ensuite longer pour rejoindre leur site de travail. Les choses sérieuses vont enfin pouvoir commencer...





L'équipe Paléo désormais à pied d’œuvre, nous décidons de continuer notre route vers le Sud Ouest et de pousser jusqu'au "Pignon" situé à l'extrémité du chemin de caillebotis qui relie le pied du Mont de La Dives, côté Sud, à la mer. C'est un point de vue magnifique et impressionnant au sommet des falaises d'Entrecasteaux, à 720m d'altitude. Un à pic vertigineux au bas duquel on devine la petite tâche blanche de la cabane des ornithologues et où on peut voir "la Cathédrale", roche caractéristique pyramidale de la pointe d'Entrecasteaux qui sépare la côte du même nom de "la Baie du Loup", plage de loups marins, ces otaries emblématiques qui ont été tellement chassées, en particulier au 19ème siècle, qu'elles en avaient un moment presque disparu du district.

Le Pignon dispose également d'un point de vue sur le "Plateau des Tourbières" côté Nord - Nord Ouest, où nichent les "Albatros d'Amsterdam", autre espèce emblématique réduite à une colonie unique au monde comptant moins de 200 individus et ayant fait l'objet d'un précédent article de ce blog.
Les sacro-saintes règles de la note de service "Sécurité hors base" en pratique à Martin de Viviès sont là pour nous rappeler que la circulation de nuit est interdite sur le district et qu'il est temps de reprendre la route si nous voulons pouvoir effectuer les heures de marche qui nous séparent de la maison dans les conditions requises. Un Albatros Fuligineux, principal habitant des falaises avec les Albatros à Bec Jaune et les Gorfous Sauteurs, vient nous faire un dernier salut avant notre retour vers La Caldeira et la descente en direction de la mer, côté Nord.

                   Clément GRELLIER                                                                         Alain QUIVORON
                    Magné/Sismologue                                                                                   Disams

mardi 16 décembre 2014

OP3, les voilà !!!







Nous sommes le lundi 24 Novembre 2014, il est 14h30. Le soleil brille dans un ciel sans nuage. Et tous les hivernants d'Amsterdam sont sur le Banc de la Solitude, guettant l'horizon.


 




Ça y est, le voilà !
Le Marion Dufresne apparait au large.





C'est parti pour 3 jours intenses.
L'OP3 commence !!!


Sur la cale, les équipes Sécurité et Infra sont déjà à pied d'œuvre pour réceptionner la manche à gazole qui nous fournira les 180 m3 nécessaires pour remplir nos cuves et nous fournir une autonomie d'énergie pour les 2 années à venir.


D'autres hivernants enfilent combinaison rouge et casque bleu pour jouer les "Playmobiles", ces agents chargés de sécuriser les DZ (Dropping Zone) de l'hélicoptère, le tout sous l'œil avisé du chef pompier. Le reste de l'équipe patiente à la DZ verte, zone de dépose des passagers, afin de faire le meilleur accueil possible aux 10 nouveaux hivernants qui arrivent, aux membres du Siège, ainsi qu'au nouveau préfet des TAAF, Mme Cécile Pozzo Di Borgo, pour sa première visite à Amsterdam. En un instant, la petite base habituellement bercée par le miaulement des otaries se transforme en une véritable ruche.


 
La présence de l'hélico est l'occasion d'acheminer dans différents endroits de l'île des vivres et du matériel pour les cabanes, d'évacuer les déchets, d'apporter les dépêches postales contenant le courrier philatélique ainsi que les colis tant attendus par les hivernants, mais aussi de faire la maintenance du relais 26 au Mont Fernand permettant de maintenir les communications VHF avec la partie Sud-Ouest de l'île. Une équipe de scientifiques est également envoyée dans la Caldeira avec les 2 tonnes du matériel nécessaire à leurs recherches sur le paléoclimat qui dureront 1 mois.




    Pour cette opération logistique (OP), les cuisiniers d'Amsterdam ont préparé un véritable festin afin de nourrir plus de 70 personnes à chaque repas (110 le dernier midi). La spécialité locale, la langouste d'Amsterdam, tient une place de choix dans le buffet.



Le deuxième jour, la "portière" (barge remorquée par une vedette) est mise à l'eau à partir du bateau, permettant ainsi d'acheminer du matériel lourd sur base par voie maritime et d'évacuer d'énormes conteneurs de déchets en ferraille accumulés durant plusieurs années.



C'est aussi l'occasion d'accueillir sur base 8 touristes venus visiter les terres australes grâce à la rotation du Marion Dufresne. Accompagnés par les agents de la Réserve Naturelle et par les VAT (jeunes scientifiques) de l'IPEV (Institut Polaire Français), ils découvrent ainsi la vie des hivernants sur Amsterdam et les milieux naturels de l'île.







Mercredi, l'OP touche à sa fin. Il est temps de dire au revoir aux quatre membres de l'équipe ayant fini leur hivernage. Un moment fort sur la DZ où se mêlent émotion et fatigue. Une OP se termine mais une autre se prépare déjà…











Au revoir Marion, à dans un mois !!!

Frédéric LERICHE
Chef BCR, GP
Et Convoyeur de Bonnes Nouvelles